đŸ‡«đŸ‡· 27 mai – JournĂ©e nationale de la RĂ©sistance

En ce jour de recueillement et de mĂ©moire, rendons hommage Ă  celles et ceux qui, dans l’ombre, ont combattu pour la libertĂ©, la dignitĂ© et l’honneur de la France.

Message d’Alice RUFO, ministre dĂ©lĂ©guĂ©e auprĂšs de la ministre des ArmĂ©es et des Anciens combattants

Le 27 mai 1943, dans un appartement de la rue du Four Ă  Paris, des hommes que tout aurait pu opposer se rĂ©unissaient pour la premiĂšre fois. Gaullistes ou communistes, syndicalistes ouvriers, socialistes ou dĂ©mocrates-chrĂ©tiens, un mĂȘme refus les rassemblait : celui de consentir au pire.

Ainsi s’accomplissait, comme l’avait pressenti deux mois plus tĂŽt Aragon dans son poĂšme « La Rose et le RĂ©sĂ©da », l’union de tous ceux qu’un mĂȘme Ă©lan avait portĂ©s Ă  venir au secours de « la belle prisonniĂšre des soldats » : cette France qui avait pris le visage de GeneviĂšve de Gaulle-Anthonioz et de Lucie Aubrac, de Germaine Tillion et de Marie-Claude Vaillant-Couturier, parmi tant d’autres femmes combattantes de l’armĂ©e des ombres.

Ce jour-lĂ  naissait, grĂące Ă  l’action patiente de coordination menĂ©e par Jean Moulin, le Conseil national de la RĂ©sistance. Un mois plus tard, arrĂȘtĂ© et torturĂ© par la Gestapo, il mourrait sans avoir livrĂ© un seul nom, fidĂšle au combat qu’il avait commencĂ© dĂšs 1940, comme prĂ©fet Ă  Chartres en refusant de mentir pour accuser Ă  tort des tirailleurs sĂ©nĂ©galais de crimes commis par les Allemands.

Ce que les rĂ©sistants ont d’abord combattu, ce ne fut pas seulement l’occupant. C’était ce qu’Emmanuel Mounier avait appelĂ© « le dĂ©sordre Ă©tabli », cette maniĂšre qu’a l’arbitraire de s’installer, de prendre les apparences de l’autoritĂ©, jusqu’à se prĂ©tendre un mal nĂ©cessaire.

Certains pourtant l’avaient reconnu. À la banalitĂ© du mal, ils ont rĂ©pondu par l’humilitĂ© de l’hĂ©roĂŻsme.

Ils étaient instituteurs, cheminots, agriculteurs, religieux, ouvriers, étudiants, employés des postes ; des agentes de liaison qui portaient des messages dans leurs cabas, des familles qui cachaient un enfant juif derriÚre une cloison.

Aujourd’hui, nous rendons hommage Ă  ces femmes et ces hommes morts pour la France, et pour quelque chose de plus grand qu’elle encore : pour l’honneur de l’humanitĂ©.

En mars 1944, le Conseil national de la RĂ©sistance inscrivit ce principe d’action dans un projet pour le pays, Les Jours heureux. Ce projet portait un espoir : qu’au sortir de la guerre, la France protĂ©gerait d’abord les plus vulnĂ©rables.

De cette exigence sont nĂ©es la SĂ©curitĂ© sociale et la promesse que la naissance ne serait plus un destin, ni pour le fils de l’ouvrier, ni pour la fille du paysan, grĂące Ă  « l’instruction et l’accĂšs Ă  la culture la plus dĂ©veloppĂ©e quelle que soit la fortune de leurs parents » (Programme du CNR, 1944).

À l’heure oĂč la puissance du mensonge redevient une arme, oĂč la rĂ©signation ferait Ă  nouveau le lit du pire, il nous reste une boussole. Celle de Jean CavaillĂšs, philosophe, mathĂ©maticien, cofondateur des rĂ©seaux LibĂ©ration et Cohors, fusillĂ© en 1944.

Comme le formula Georges Canguilhem, son camarade d’études et de luttes, il fut « rĂ©sistant par logique ». Parce qu’il est des moments oĂč la raison elle-mĂȘme commande de dire non.

Ce patriotisme rationnel et lumineux, ce patriotisme gĂ©nĂ©reux venu du peuple dans sa diversitĂ© : telle est la leçon que nous laissent ceux qui furent prĂȘts, souvent trĂšs jeunes, Ă  risquer leur vie pour tĂ©moigner de la vĂ©ritĂ©, et arracher leur libertĂ©.

Tel est l’hĂ©ritage du Conseil national de la RĂ©sistance.

Tel est le legs de Jean Moulin, qu’il nous revient de transmettre aux gĂ©nĂ©rations qui auront Ă  dĂ©fendre notre idĂ©al et notre avenir.

Vive l’esprit de la RĂ©sistance. Vive la RĂ©publique. Vive la France !